Mais, Madame, ma femme vous savez elle a la peau très blanche, comme l'albâtre, blancheur céleste des bustes antiques.
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Ses lèvres sont pourpre très intense, vous savez comme le pétale éclatant de la rose de nos jardins.
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Ses cheveux dorés sont désordonnés, vous savez comme les blés quand ils quittent la plaine, lassés des chaleurs de l'été...
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Son regard a des lueurs changeantes, très pénétrant, vous savez Madame, presque gênant avec des reflets d'un autre temps.
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Et ses parents ? Ah oui, ses parents sont la mer et le vent, elle en a gardé le souffle élégant, mais aussi l'humeur des géants.
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Et son nom ? Vous savez Madame, je ne sais pas bien, peut-être un nom très ancien ?
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Vous savez Madame, on s'est rencontrés par hasard un jour que je me promenais de l'autre côté de mes illusions.
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J'ai ressenti comme une grande caresse, vous savez très enveloppante : maternelle ? Je ne sais pas, ma mère ne m'a jamais caressé, enfin je ne m'en souviens pas.
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Vous savez Madame, elle ne parle jamais; elle ne fait que me regarder, comme si j'étais important, enfin je veux dire comme si c'était important que "je sois", une fois, simplement.
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Et sa maison ? Vous savez je n'en connais que le chemin, il serpente dans mes rêves à l'orée de mes nuits, jamais il ne mène au-delà de l'aurore.
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Je ne peux la rejoindre qu'à l'obscurité quand mon corps s'est assoupi de ses obscurs instincts et quand mon âme assagie s'est affranchie de ses inutiles tourments.
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Et vous l'aimez ? Ah ! Madame je ne sais pas ce que veut dire "aimer", vous savez je n'ai pas appris et pourtant je passe des heures à la regarder.
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Alors vous savez Madame tout en moi s'ordonne, se calme et je deviens léger et indiscret comme la brise parfumée des soirs d'été.
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Cette Femme, Madame, vous savez... mais je vous ennuie ? Vous m'aviez simplement demandé : "... votre femme ?, Monsieur... ". Excusez-moi Madame, mais ma femme elle est morte, je crois, il y a... très longtemps.
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Roger Cros



